Sur le web, il existe peu (voir pas) de films amateurs francophones traitant d’un tour du monde ou de longs voyages en général. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais été d’autant plus motivé à réaliser le film Backpacker, disponible depuis quelques jours.

Parmis les rares réalisations qui existent, on trouve néanmoins quelques perles. Rappelez-vous, je vous faisais découvrir il y a maintenant plus de 2 ans le voyage d’Antoine et de Raphael, ces deux loufoques qui animent à présent l’émission Drôle de Trip sur France 4.

Énorme coïncidence, j’ai découvert quelques jours avant de terminer mon film un autre projet de ce type, celui de Guillaume Brumagne.

Guillaume est un jeune Belge qui est parti réaliser un voyage de 9 mois depuis Bruxelles jusqu’à Singapour et qui en a ramené un reportage de 90 minutes, accessible gratuitement sur Vimeo, et de très grande qualité. Je vous invite à découvrir à présent son film, baptisé One World Project.



Notre aventurier a lui choisi de commencer par la ligne du transsibérien, à l’opposé de mon parcours donc et nous propose une heure de demi d’aventures en Russie, en Chine, en Mongolie, au Tibet, au Népal, en Inde, en Thaïlande, par la Birmanie, le Laos, la Malaisie, le Cambodge… Un travail sur la forme assez proche de ce que j’ai pu réaliser et qui a le mérite d’être accompagné d’une narration pleine de vécue et d’anecdotes. Un grand bravo à lui d’être venu à bout de ce projet.

J’ai pu poser quelques questions à Guillaume…Rencontre.


Comment t’es venu ce déclic ? Pourquoi es tu parti ?

En fait, j’ai commencé à voyager en 2002 quand j’avais 16 ans. J’ai eu l’occasion de partir en expédition de trekking et d’alpinisme au Pérou et en Bolivie avec le REAj, l’organisation jeunes du Club Alpin Belge. Ca a été le déclic pour moi.

Depuis lors j’essayais de voyager chaque année, entre amis ou comme organisateur/guide pour le REAj dont j’étais entre temps devenu responsable.

L’idée de voyager au long cours a germé progressivement dans ma tête tout au long de mes 5 années d’étude. J’étais conscient que j’avais une occasion unique de pouvoir partir longtemps avant d’entrer dans le monde du travail, et grâce à mon boulot de moniteur d’escalade, j’ai pu mettre de l’argent de côté pendant plusieurs années pour pouvoir réaliser mon rêve.

Pourquoi est ce que je suis parti ? Je ne le sais pas moi même. Je pourrais te dire que c’est pour découvrir le monde, les autres, me découvrir moi, ou échapper au train train quotidien. Il y a probablement un peu de tout ça mais je suis convaincu qu’il y a des raisons bien plus fortes qu’on ne contrôle pas.

Avais tu en tête de faire un film de ton voyage au moment ou tu es parti ou cela t’est-il venu en tête une fois de retour ?

Je suis parti avec une caméra dans l’objectif clair de faire un film. J’avais déjà réalisé d’autres films de voyage et d’expéditions (ils sont visibles sur mon blog) mais celui-ci était particulier. Plutôt habitué des films de montagne relatant des expéditions sur des périodes relativement courtes, je n’avais jamais réalisé de film dont j’étais le sujet et dont le déroulement se ferait sur une période de temps aussi longue. J’ai donc du faire face à pas mal d’interrogations et de doutes tout au long de ce long projet de film.

Quelle est donc cette sombre histoire de visa chinois à laquelle tu fais référence au début de ton film ?

J’ai quitté l’Europe en septembre 2008, juste après les jeux olympiques de Pékin. A cause des évènements de protestation dans le monde liés aux jeux olympiques, la Chine avait durci ses conditions d’obtention de visa. Le visa n’était valable qu’un mois au lieu de 3, j’étais obligé de le demander au consulat de mon pays de résidence, et j’étais obligé de rentrer en Chine dans le mois suivant l’émission du visa. Il a donc fallu que je change complètement mes plans, vu que je ne disposais plus que de 3 semaines pour traverser la Russie et la Mongolie pour entrer en Chine dans les temps.

Quelle a été la partie préférée du transmongolien ?

La partie russe autour du lac Baïkal. Mais c’est surtout lié à l’ambiance à bord du train et aux rencontres que j’y ai fait même si les paysages étaient à couper le souffle.

Les paysages que tu as rencontré non loin du Tibet sont irréel, mais comment as tu vécu ton arrivée sur place et comment ton regard vis à vis de la politique chinoise à t’il évolué ?

Je savais en allant au Tibet que la situation y serait très tendue, la Chine venait de réouvrir l’accès aux étrangers et la tension était encore palpable. Pour les alpinistes comme moi, le Tibet est vraiment quelque chose de particulier et je ne peux malheureusement que constater le génocide culturel mis en place par le gouvernement Chinois.

Certains veulent boycotter la Chine et le Tibet pour ne pas apporter leur caution au pouvoir en place. Je pense que c’est une erreur et qu’il faut savoir dissocier le gouvernement de la population et que ce n’est pas en isolant un pays qu’on résout ses problèmes. Le voyageur doit être un témoin. C’est pour cette raison que j’ai également été en Birmanie.

Dans mon film et en guise de conclusion, je faire part de cette nécessité qu’à le backpacker à rester flexible dans ses déplacements et à ne pas voir trop loin, car les rencontres ponctuent et changent souvent son itinéraire. C’est aussi ce qu’on ressent au travers ton film. Qu’en penses tu ?

Je dirais même que c’est le fondement du voyage. Je ne prévois généralement rien avant de partir et je fonctionne énormément au feeling. Quand je repense à mes plans initiaux pour one|world project, je me dis que j’aurais fait un tout autre voyage si je n’avais pas gardé cette flexibilité.

Ton voyage est à deux reprises influencé par cette nouvelle passion que tu t’es découverte en route : le parapente. Voyages tu toujours avec ton aile désormais ? Et pour les amateurs, peux tu nous donner le nom des deux chansons présentes lors des vols en parapente ? Excellents morceaux !

J’essaie de voyager le plus possible avec mon aile même si ce n’est pas toujours facile. Je suis d’ailleurs retourné au Népal fin 2009 spécialement pour voler. J’ai par contre fait le choix de ne pas prendre mon parapente en Bolivie l’été passé et je l’ai bien regretté en voyant tous les endroits où j’aurais pu voler. J’ai pas mal de projets en parapente pour l’avenir. Normalement je vais passer un mois au Pérou et au Chili pour voler l’été prochain et si tout va bien, je pars 2 ou 3 mois en fin d’année au Népal où j’organise un trekking et où je compte bien rester après. J’ai aussi des projets de tour de l’Amérique du sud en paramoteur mais il faut d’abord que je me mette au paramoteur ! 😉

Les chansons dans le film, c’est « Danse avec moi » de Degiheugi, « Fine Care » de Monokle & Galun et « International Calling » de Normaa. Pour ceux que ça intéresse, tous les morceaux de la bande originale du film sont regroupés dans les compilations Xplore Music 1, 2 et 3 qui sont disponibles en libre téléchargement sur mon site.

Quel pays t’a le plus marqué et pourquoi ?

J’ai deux pays qui m’ont particulièrement marqué pour des raisons différentes.

D’abord la Mongolie, dont je ne connaissais rien du tout avec d’y aller et qui a été un véritable coup de coeur pour moi puis le Népal, où je suis resté près de deux mois, où j’ai appris à voler en parapente et où j’ai fait des rencontres fantastiques.

Un dernier mot à ajouter ?

A tous ceux qui n’osent pas faire le pas, n’hésitez plus, partez ! Voyager n’est pas une question de moyens, c’est une question de choix. Ne remettez plus à plus tard ce que vous pourriez faire aujourd’hui.

Pour ceux que mes activités intéressent, vous pouvez me retrouver sur :
– mon blog Xplore
– le site one|world project
– le site du REAj, l’association dont je suis président
– Twitter : @_Xplore

Un grand merci à Guillaume pour le temps passé à répondre à mes questions.